Décidément le ton est donné. Ce coup de cœur est celui d’un nain, et ceux qui les connaissent vraiment savent que la musique ne leur est pas moins étrangère que la taille de pierre.

Il s’agit donc d’un nain ménestrel vous l’aurez devinez, et son nom est Gallormr. Et que fait de mieux qu’un ménestrel si ce n’est composer une belle chanson sur les choses chères à son cœur.

Maintenant, ne vous y trompez pas, ce concours est aussi ouvert aux âmes plus terre à terre et moins lyriques. Ce n’est pas parce que vous ne savez pas faire sonner les mots que vous n’avez pas le droit d’exprimer votre coup de cœur, ou votre coup de gueule.

Je croit simplement que les artistes sont moins réservés.


La complainte de Gallormr et de la Moria

 

Le regard fixé vers mon auditoire, j’agrippais ma harpe et fit chauffer mon poignet. Je sentais la fureur monter en moi, tout en me laissant emporter par la beauté de l’endroit. Je savais qu’ils m’attendaient, qu’ils attendaient mon récit, ma musique. Ah qu’il est bon parfois de faire ménestrel. Ma main caressait délicatement ma longue barbe de nain, comme si elle jouait furtivement avec mon instrument de musique. Va-t-elle se lancer ? Ou attendre encore un peu ? Je sentais les regards impatients sur moi. J’en profitais pour esquisser un sourire et je me lançais:

« C’est l’histoire de Gallormr et de la Moria,
Histoire d’amour, de haine et de tracas.
Une histoire aussi vieille que la barbe de son grand-père,
Mais il ne faut pas vous en faire, il en est fier !

Notre bon nain avide d’aider les siens,
S’en alla dans la Moria avec presque rien,
Si ce n’est son bon cœur,
Et un peu de liqueur.

On lui compta milles merveilles,
Au point qu’il n’en croyait pas ses oreilles.
Alors il s’engouffra dans la Mine,
Qui, il faut le dire, avait grise mine.

Les Gobelins étaient passés par là,
Et les nains voulaient les chasser de là.
Ecoutant son courage et son cœur,
Il prit son épée et ôta sa peur.

Car on lui parla d’une grande terreur,
Mais il avait passé l’âge des frayeurs.
Il s’engouffra dans les couloirs,
Mais il faisait bien noir !

Il avança vers son destin,
Mais ne trouva à la fin… (je pris quelques secondes de pause, pour vérifier que mon auditoire était toujours présent et d’un air grave, je repris)

 Qu’un trou ! Un trou sans fin ! Un trou aussi profond qu’un estomac de hobbit !

(La première partie de la chanson était finie, fier d’avoir capté mon auditoire jusque-là, je repris, avide de leur montrer mon talent de conteur)

Il se releva tant bien que mal au cimetière,
Pas très fier,
Et repris sa route,
Mais arriva le doute,
Car au fond mes amis,
Sur la Moria, ce qu’on ne nous a pas dit…
C’est qu’il n’a que des gouffres !

Alors toi aussi si tu souffres !
D’être tombé trop souvent dans la Moria,
Prends un saucisson et chante avec moi !
Ah ah ! Moi aussi ! Je suis tombé dans la Moria !

Ah ah ! Moi aussi ! J’me suis perdu dans la Moria !

Ah ah ! Moi aussi ! Je suis tombé dans la Moria !

Ah ah ! Moi aussi ! J’me suis perdu dans la Moria ! »

J’étais en sueur, fier d’avoir fait une belle prestation, quand je réalisais… Mon audience n’était composée que de créatures peuplant les lieux, attirées par la lumière de mon maigre feu de camp… J’étais encore tombé quelque part, mais j’avais survécu. Sauf que maintenant, j’étais perdu… Alors je fis ce qu’il y avait de mieux à faire : je posais ma harpe, pris ma bière et mon saucisson, tout en fredonnant : « Ah ah ! Moi aussi ! Je suis tombé dans la Moria ! Ah ah ! Moi aussi ! J’me suis perdu dans la Moria ! »

A toi Moria mon amour,
Gallormr


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