La femme aux cheveux gris laissa le faucon prendre son envol, avant de se retourner vers sa plus jeune fille. Toujours sans déplacer son bras endolori, elle la regarda sortir le cuir des bassines.

« Tu ne devrais pas, reprit-elle d’une voix déterminée.

La cadette haussa vaguement les épaules et reprit son ouvrage. La peau des bœufs était rugueuse et malodorante ; ses mains commençaient à rougir sous la chaleur. Elle s’assit un instant, reprenant ses esprits, sans lâcher la peau sombre et ruisselante.

-Si tu abîmes la peau du tarû… commença sa mère, les mains sur les hanches.

-Je la paye, je sais.

Elle releva la tête un instant, mais rien n’avait changé : sa mère semblait toujours aussi décidée. Continuant machinalement sa tâche, elle chercha ses mots. Elle savait qu’elle ne pouvait pas partir maintenant. C’était l’équinoxe du printemps, sa vingt-et-unième année. Depuis quelque temps, ses parents versaient un tribut au Cercle pour chaque enfant qui ne travaillait pas. Alors dans les clans du Nord, les cadettes quittaient le foyer pour rejoindre les terres avoisinantes. Elles se trouvaient des maris, des terres à cultiver ou des bêtes à élever ; partant sans rien et ne revenant jamais.

-Je partirai après l’hav, quand le Chef l’aura décidé. La glèbe me demande encore des semaines de travail.

Elle souleva le cuir au-dessus des cordes pour le faire sécher. Vidant l’eau des bassines, elle en profita pour frotter le sang qui s’était incrusté autour de ses poignets. Sa mère sembla vaciller un instant. Serrant les dents, elle lui attrapa le coude et répliqua sèchement :

-Si le Clan te voyait, tu lui ferais honte, Gwydh. Garde pour toi ces excuses de rhudh et pars avec les chasseurs dès l’aube. Ils te garderont une part de viande, et tu rejoindras la route rapidement. Si tu attends encore, les hommes du Sud te trouveront et…

-Mam… l’interrompit-elle, il n’y a aucun Forgoil ici. Tu ne fais que te cacher. Le Cercle veille sur nous, nous sommes en sécurité ici.

Avec un sursaut d’arrogance et un soupir qui en disant long, elle ajouta :

-La dernière fois ne t’a pas suffit, Mam ?

A peine Gwydh eut elle le temps de finir sa phrase qu’elle reçut une violente gifle sur la joue. Retenant une exclamation, elle agrippa la main de sa mère, les yeux noirs de colère.

-Tu peux toujours te peindre le visage, lui murmura-t-elle avec aigreur. Tu peux cacher tes cheveux éclaircis par le temps. Mais moi je sais… Je te fais peur. Tu veux que je parte.

Sans attendre la moindre réponse, elle abandonna ses bassines à peine rincées et tourna vigoureusement les talons. La joue toujours douloureuse, elle quitta le Cartrev-Luth et c’est rongée par la colère qu’elle s’empara de la monture de son père et qu’elle traversa vivement la rivière dans un nuage de poussière.

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7 Commentaires

  1. C’est une riche idée en effet d’envisager la suite.
    Je crois que la méfiance est réciproque, ami du Rohan, entre ces deux peuples ; mais je n’aurais pas l’indécence de te traiter de “Tête de Paille”. ;)
    Merci pour ces retours !

    Gwydh

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